Alors, et après (et avant)?

[À la lumière du plus récent billet de LP Maurice sur le ‘Big Bang in the Montreal Start-Up Ecosystem‘, voici ce qu’en pense Sylvain Carle, directeur général de FounderFuel. Ce billet fut publié ici initialement.]

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La prochaine étape pour l’écosystème des startups de Montréal? Avant de regarder devant, faut regarder derrière.

Note de l’auteur: je vous partage ici ma petite vision avec ma petite lentille. J’ai vraiment besoin de votre aide pour en faire une vraie belle fresque. N’hésitez pas à ajouter vos commentaire et critiques, le devoir de mémoire est un bien commun.

Une année complète après mon retour, je me pose la question, mais surtout parce que je veux vous partager ma réflexion. Pas que j’ai reçu la science infuse, ou que je prétende à une illumination quelconque. Mais j’ai un poste d’observation privilégié sur ce qui se passe à Montréal (et ailleurs au Canada) alors je vais tenter de vous partager mes intuitions (que j’estime bien informées).

Pour prédire le futur, je vais prendre quelques pas de recul, je vais vous expliquer comment je simplifie ma perspective du passé pour planifier ce qu’on doit faire aujourd’hui, et surtout demain. Dans ma tête, je divise le passé en cinq époques chronologiquement inégales. Plus c’est loin et plus c’est long/flou, alors soyez un peu patient avec moi si possible.

L’ère du carré qui clignote
Première époque: l’ère pré-cambrienne, de la carte à puce aux mainframes. C’est l’ère de mon père qui travaille chez Québec Téléphone et chez Téléglobe. Des années soixantes à la fin des années quatre-vingt. Écrans noir et caractères verts, blanc ou ambrés. C’est l’époque des dinosaures. Au Québec et au Canada, on est à la remorque de ce qui se fait de mieux ailleurs. Pas d’informatique à l’université. Pour apprendre on va suivre un cours à New York ou Chicago, probablement donné par IBM. Naissance tardive des grandes compagnies des services: Cognicase, CGI. Pour en savoir plus: histoire de l’informatique au Québec (projet de recherche).

Images et Language
Seconde époque: le boom des années quatre-vingt dix. C’est l’époque ou l’ADN numérique de Montréal et du Québec va s’établir. Les grands pôles: l’informatique graphique (Softimage et autres), les langues (traductions, internationalisation, projet phare: Alis Technologies) et le multimédia et les jeux vidéos (pour le meilleur et pour le pire). Beaucoup de pionniers vont se tailler une place pour ensuite disparaître dans leurs propres projets (ou leur chalet en estrie). Exception notable, le porteurs de la première vague multimédia qui sont toujours très actifs aujourd’hui, à leur manière (Alexandre Taillefer, Louise Guay, Marc Beaudet, Carl-Frédéric De Celles, Philippe Leroux, Yves Williams). C’est l’ère du début d’internet et de la cité du multimédia (soupirs). C’est aussi le début de la dynastie Ubisoft.

Hiver Numérique (on connaît ça)
Troisième époque: l’ère de glace du début des années 2000. Après la frénésie du bug de l’an 200o (qui sait au juste si c’était juste), la première moitié du nouveau milénaire est des plus tranquilles. Après l’éclatement de la bulle internet aux États-Unis, qui va vraiment se lancer? Dans l’hiver nucléaire du début du vingt-et-unième siècle, dans les bunkers post apocalypse (now) les lumières des modems clignotent, les serveurs s’ajoutent dans les “racks” et le Québec numérique du jour se jase de tout et de rien sur http://pssst.qc.ca.À l’ère post-multimédia, le Québec numérique se dessine un http:// à la fois, un fichier .swf par un (aussi pénible et rentable soit-il), un blogue, un billet, une rencontre yulblog à la fois. Parce que tout est perdu, tout est possible. Et probable. Alors pourquoi pas?

Le printemps qui n’a pas eu besoin d’hirondelle
L’époque quaternaire débute pour moi quelque part en 2006. Ailleurs dans le monde émerge ce qui va devenir le Web 2.0. Mais aussi le mouvement des “camps”, de FooCamp à BarCamp, ces inconférences, cette idée que la vraie conversation elle se passe toujours dans le corridor, pas sur la scène. Combiné avec l’émergence de l’open source (ahem, des logiciels et des standards libres), c’est l’espoir d’un nouveau possible. Facile à importer par internet ou à passer à la frontière (dans sa tête), le virus de la renaissance web prends racine et se développe au Québec. C’est aussi le résurgence de startups internet financées par du nouveau (ou pas si) capital de risque Canadien. En 2006–2007, plusieurs compagnies internet (Akoha, Standout Jobs, Praized) vont recevoir des investissement majeurs (1M+) accompagnées par des entrepreneurs qui “bootstrappent” des succès (ou non) à venir, Defensio (Websense), Context.io, Status.net, Kakiloc… ÇaBarCamp et DémoCamp à Montréal. Ça cowork (Station C), ça blogue encore, ça wiki, ça RSS et ça Ile Sans Fil (et ça Zap à Québec).

La nouvelle vague
Entre 2010 et 2015 il s’est passé quelque chose. C’est peut être à cause de l’internet dans l’air, l’arrivée des Y sur la marché du travail (ou de la génération C, selon les appelations), de la mondialisation/globalisation, du printemps érable ou de Reddit (ou des deux en même temps). Mais quoi qu’il en soit, un point de bascule a été franchi. Une certaine maturité. Une identité propre. Un désir d’être soi même, peut-être inspiré de la scène musicale indépendante (c’est une de mes thèses fétiche). Une affirmation, une projection, une appropriation. C’est la naissance du Festival International de Startups. C’est Lightspeed, BusBud, Breather, App Direct. C’est Frimas, A2M qui (re)devient Behaviour, c’est la croissance tranquille et c’est la croissance effrenée. C’est Shopify en bourse. C’est RIM/Blackberry qui explose (et qui composte, c’est bien). C’est Notman, c’est La Gare, c’est Ecto, c’est l’Esplanade, c’est le Hub à Québec. C’est FounderFuel, ÉcoFuel, D3, X1, Le Camp, Helios, ÉchoFab, SAT. C’est Wearables, Hardware, Brain et Bio Hacking. C’est plus de 100 rencontres à chaque mois dans l’écosystème, juste à Montréal. C’est fucking en feu.

Non mais vraiment, c’est quoi la suite?
Après tant de mots, je dois m’avouer vaincu et vous dire que ça sera pour le prochain billet. Mais je sais ce que je vais écrire. C’est plutôt une question de temps que d’idées. On vient de faire 50 ans ensemble, vous pouvez bien attendre quelques jours pour ma prédiction de la prochaine décénnie, non?

– Sylvain Carle

Emma Williams
emmajjwilliams@gmail.com
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